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L'écriture pour m'exprimer

Parce que ma vie est une émotion

Quand le roi s'amuse... Publié le Lundi 11 Février 2019 à 18:08:23

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Le roi et la reine étaient de grands enfants, toujours avides d’amusements et de distractions, en demande constante d’un divertissement qui saurait accaparer le plus grand nombre car il n’y a pas de joie en solitaire. Alors la cour se déplaçait de château en château, au gré des folies de leurs majestés. Valets, chambellans, dames de compagnie restaient sur le qui-vive, gardant les malles toujours prêtes à être chargées sur les carrosses royaux. Les palefreniers veillaient à l’entretien permanent des chevaux, attendant l’ordre d’atteler. Les jardiniers, armés de râteaux et de sécateurs, n’en finissaient jamais de rendre aux jardins toute leur splendeur dévastée par les invasions de comtes, duchesses, marquis et autres princesses que comptait le royaume. Mais surtout, il n’était pas rare d’y rencontrer les paysans du coin et les gens de la ville. Monsieur, frère du roi, eut un jour ce bon mot : « Sa Majesté confond le royaume de France avec le carnaval de Venise. Il pense faire oublier ses misères au peuple en l’abreuvant de musique et en le faisant danser ».

 

Voilà qui fit mouche. Le roi, qui venait de guerroyer faute de divertissement satisfaisant, donna ordre pour qu’un carnaval soit organisé. Il convoqua ses ministres, sans exception, et leur transmit ses consignes et ses caprices. La reine battait des mains comme une petite fille et s’en alla répandre la nouvelle à travers les ailes du château et les allées du parc, jusqu’aux dépendances occupées par une ribambelle de domestiques qui s’effarèrent plus qu’ils ne se réjouissèrent.

 

Les choses allaient bon train et le domaine royal s’était transformé en une volière gigantesque qui ne connaissait aucun repos. La rivalité était grande afin de trouver l’idée la plus inoubliable, la plus folle, la plus rocambolesque qui ferait encore parler de ce carnaval dans cent ans. Les douves furent réaménagées pour accueillir une gondole à faire pâlir la grande Venise. La salle de bal vit démonter ses miroirs gigantesques afin que l’on tende les murs de tissus bariolés. On s’affairait en cuisine pour créer de nouvelles compositions gustatives tout en n’oubliant pas que la domesticité, bien qu’invitée à se joindre au carnaval royal, se contenterait de beignets que l’on préparerait au dernier moment. Ce fut d’ailleurs source de jalousie qui risquait de compromettre la bonne organisation mais les petites gens ayant plus de bon sens que les époux royaux, tout rentra dans l’ordre rapidement.

 

Pour les costumes, on chercha l’originalité mais le roi interdit les masques car, sous couvert d’anonymat, ils étaient trop propices à un risque d’attentat contre sa royale personne. La reine, outrée que son époux pensât à sa sécurité mais pas à la sienne, se fit cependant toute douce et suggéra que chacun s’habille en fruit ou en légume. L’idée plut au roi. Grand et élancé, il choisit de devenir une asperge alors que la reine, dont on vantait son teint rose, adopta un costume de fraise.

 

On s’affaira pendant des mois. Et puis un soir, tout fut prêt. Alors l’impatience gagna tout le monde et dans l’attente du grand carnaval, on prit un repos nécessaire qui plongea le château dans un silence presque sépulcral. On put entendre à travers tout le château le grincement du pont levis que relevaient les gardes et on trembla aux hurlements des loups qui rôdaient en meutes et qu’on avait oubliés.

 

Et Venise connut l’hilarité la plus phénoménale…


Le carnaval dantesque, rêvé avec ardeur et préparé dans une débauche incommensurable d’idées toutes plus folles les unes que les autres, n’eut pas lieu. Au petit matin, l’ennemi avait envahi le royaume.

 

 


Atelier d'écriture dont les mots imposés sont soulignés, avec un mot supplémentaire à choisir par chacun des participants. J'ai choisi "domesticité".

 

Afficher le commentaire. Dernier par Georges le 11-02-2019 à 19h03 - Permalien - Partager